Des femmes, des voix, des droits : de l’écriture à la scène, un concert qui émeut et bouscule

Publié le: October 16, 2026

Former, accompagner et donner aux artistes l’occasion de rencontrer leur public : cette démarche est au cœur du travail de la Fabrique des Arts aux Cayes. Le 3 octobre 2026, elle a pris une forme concrète avec le concert « Des femmes, des voix, des droits », présenté à La Cayenne Night-Club.

« Le concert est très agréable, mais les mots sont durs. » Cette remarque d’un spectateur résume bien la soirée du 3 octobre 2026 à La Cayenne Night-Club, aux Cayes. La musique invitait à se laisser porter. Les paroles, elles, demandaient qu’on s’arrête, qu’on écoute et qu’on réfléchisse.

Sur scène, cinq jeunes femmes, chanteuses et musiciennes, réunies par la Fabrique pour le concert « Des femmes, des voix, des droits : Marie Sephora Altidor, Laura Melissa Beauvais, Flore Jacquet, Wedka Romelus et Samytha Therassant ont partagé un travail de création consacré aux questions de genre dans la société haïtienne, faisant entendre leurs créations et celles d’autres artistes autour de ces questions. Des voix différentes, des sensibilités singulières et une même volonté de prendre la parole.

Le travail avait commencé en juillet à la Fabrique des Arts, dans le cadre d’un atelier d’écriture musicale animé par Michèle Lemoine, puis en studio de répétition avec des musiciens. Cet accompagnement leur a offert un cadre pour développer leurs idées, travailler leur parole et préparer le passage de l’écriture à l’interprétation. Les cinq chanteuses y ont écrit leurs textes et composé leurs mélodies, donnant progressivement forme à des propositions artistiques personnelles.

Le 3 octobre, ces créations ont quitté le cadre de l’atelier pour rencontrer le public. Le concert a ainsi permis de prolonger la formation par une expérience concrète de la scène et de la rencontre avec le public. Une soirée musicale, mais aussi une étape importante dans un parcours d’apprentissage commencé en juillet dernier.

À leurs propres compositions se sont ajoutées cinq chansons d’artistes d’ici et d’ailleurs, haïtiennes et étrangères, abordant des questions similaires, dans des styles musicaux variés. Ce travail de reprise, qui comprenait des adaptations en créole des chansons en français et en anglais, leur a permis de s’approprier d’autres écritures et de les porter avec leur sensibilité, ouvrant ainsi un dialogue entre différentes écritures, différentes sensibilités. Parmi ces morceaux, la chanson Refren Doulè, de l’album « Illuminations » de la Cie Bazou, chantée à l’origine par Néhémie Bastien, a été interprétée par Wedka Romelus.

Du chant au slam, les artistes ont montré leur talent, mais aussi leur capacité à défendre des textes exigeants. Car cette soirée demandait davantage que de bien chanter : il fallait porter des paroles, leur donner du relief et trouver sa manière de les partager.

Leurs prestations ont également suscité des réactions qui témoignent de la portée de cette expérience. L’un des moments marquants a été la prestation de Samytha Therassant. Pendant son slam, l’émotion l’a gagnée jusqu’aux larmes. Son texte, traversé par une profonde émotion, a particulièrement touché une spectatrice assise au premier rang : « J’ai pleuré quand j’ai vu la fille qui faisait du slam pleurer dans son texte. » Cette jeune femme sur scène, c’était Samytha. Le témoignage de la spectatrice dit la force de ce moment : une émotion portée par un texte, puis partagée avec quelqu’un venu l’écouter.

Marie Sephora Altidor a, elle aussi, surpris quelques personnes qui la connaissaient : « Je ne m’attendais pas à voir Sephora s’exprimer comme ça sur scène », confie l’un de ses admirateurs.

Une réaction qui rappelle ce que peut offrir la scène : la possibilité de se dévoiler autrement, de prendre sa place et de laisser découvrir une facette de soi que l’on montre moins au quotidien.

Au-delà des prestations, certains spectateurs ont salué les perspectives ouvertes par cette démarche. « Finalement, je peux dire que la Fabrique apporte un souffle nouveau dans la culture aux Cayes. Et je pense que ces morceaux méritent d’être enregistrés. Même si je ne sais pas ce que la Fabrique des Arts veut en faire », disait un spectateur. L’enregistrement est ici un souhait du public, pas une suite annoncée. Mais l’envie de réécouter ces chansons témoigne de l’intérêt qu’elles ont suscité.

Ce soir-là, à La Cayenne, on est venu écouter de la musique. À entendre les témoignages, certaines paroles sont reparties avec le public.

Ce parcours de l’écriture à la scène  rappelle l’importance d’un accompagnement de proximité, dans la durée : offrir aux jeunes artistes un espace de travail, les aider à développer leurs propositions et leur donner les moyens de les partager. Les artistes, elles, ont donné à ce parcours une présence, des mélodies et des mots bien à elles, tout en prenant part, à travers un projet artistique, à une réflexion collective sur le genre.


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