Publié le: September 29, 2026
Dans une chanson, Sephora suit d’abord les notes graves. Elle les écoute au casque, les reconnaît, les reproduit avec sa voix. Cette préférence remonte à une époque où elle ne pouvait même pas encore nommer l’instrument qui produit ces sons.
Aujourd’hui, la basse occupe une place essentielle dans sa vie : « Ce n’est pas moi qui ai choisi la basse, c’est elle qui m’a choisie. Et c’est un parfait reflet de ma personnalité. »
Sephora se décrit comme une jeune femme calme, réservée, parfois timide, sans forcément le laisser paraître. Elle garde une part d’elle-même à l’abri des regards, y compris avec ses amis les plus proches. Mais lorsqu’il s’agit de poursuivre un objectif, cette discrétion laisse place à une détermination farouche.
La basse lui ressemble, explique-t-elle : c’est une présence qui reste souvent en retrait, mais dont la contribution compte. Elle retrouve quelque chose de cette place dans sa manière d’être avec les autres. Elle aime les gens, souhaite les aider et préfère apporter sa part, mais sans chercher toute l’attention.
La musique accompagne son enfance. Le dimanche, sa mère lui donne un peu d’argent pour « l’encourager » à chanter à l’église. Sa sœur et elle prennent plaisir à partager ces moments. Elle participe à plusieurs chorales et, avant même ses dix-huit ans, chante aux côtés des femmes adultes de son assemblée. Plus tard, elle dirigera aussi des chorales.
Elle garde le souvenir d’une belle enfance, avec un père très strict, dont dépend l’autorisation de participer aux activités du quartier.
Mais en ce qui concerne la musique, les règles du père ne sont pas les mêmes pour tout le monde.
Son petit frère est encouragé à jouer d’un instrument. Mais elle, qui souhaite passionnément apprendre, se heurte à un refus. En 2016, lorsqu’elle exprime clairement sa volonté de jouer de la basse, dans un premier temps, son père refuse.
Sephora pense qu’il avait du mal à l’imaginer jouant d’un instrument. Dans sa localité, se souvient-elle, les filles instrumentistes étaient rares, à tel point qu’elle n’en voyait presque jamais. Cette absence de modèle a-t-elle pesé dans la réaction de son père ? Elle se le demande encore.
On lui disait sans cesse qu’elle était têtue, raconte-t-elle. Mais elle avait surtout le sentiment que l’on ne comprenait pas ses rêves. Alors, souvent, elle bravait les interdictions pour aller suivre des cours de musique ou participer aux activités d’une association de jeunes de sa communauté.

Son apprentissage de la basse se construit au fil des rencontres et de la pratique. Auprès d’un bassiste de sa localité, elle apprend quelques mesures, passe du temps avec l’instrument, progresse. La pratique devient une habitude. Elle joue dans plusieurs églises, puis poursuit son apprentissage grâce aux tutoriels disponibles sur Internet.
Cela demande de la persévérance. Dans sa communauté, deux autres filles qui avaient commencé à jouer d’un instrument finissent par abandonner. Sephora, elle, continue.
Un souvenir persiste dans sa mémoire : à douze ans, dans un camp d’été, elle voit une femme jouer de la guitare. Cette femme chante et joue pendant toute la durée du camp. Sephora observe avec admiration cette femme qui fait précisément ce qu’elle rêve de pouvoir faire. Cette rencontre renforce son envie d’apprendre.
Plus tard, Marie Danielle Pierre Louis, une femme d’affaire des Cayes qui joue aussi de la guitare, devient une autre figure inspirante. Sephora évoque sa fougue, ses idées et ses conseils. Son influence l’aide à trouver sa voie, aussi bien dans la musique que dans son engagement social.
Sephora aime prendre son temps pour donner le meilleur d’elle-même. Ce perfectionnisme lui vaut parfois d’être incomprise et nourrit aussi ses propres frustrations. Elle pense à ce qu’elle veut accomplir, mesure le chemin qui reste à parcourir et se dit qu’elle aurait dû déjà pouvoir jouer de manière beaucoup plus professionnelle. Pour elle, le manque d’opportunités, de soutien et d’encadrement a pesé très lourd. Trouver quelqu’un qui lui donne régulièrement des cours reste difficile. Être une femme ajoute, selon elle, aux obstacles : la proximité avec un mentor masculin peut susciter des soupçons ou des interprétations qui compliquent la relation d’apprentissage.
Cette situation la révolte parfois. Elle est convaincue qu’elle aurait pu progresser davantage si elle était un homme. Ce qu’elle veut, c’est pouvoir travailler son instrument, être guidée et développer pleinement son talent.
Sephora partage sa vie entre la musique et d’autres engagements. Mémorante en sciences juridiques, elle travaille sur les droits humains, plus précisément sur l’intégrité physique des citoyens face au comportement de la police. Elle souhaite ensuite poursuivre un master en droits humains. Elle a également étudié la communication sociale, avec une composante de journalisme, ainsi que les sciences de l’éducation. Activiste sociale, elle reste à la recherche d’occasions d’apprendre et d’agir pour les autres.
Mais la musique conserve une place fondamentale qu’elle résume en une phrase :
« Je ne pense pas que je serais Sephora sans la musique. »
Lorsqu’on lui demande de se définir, Sephora se présente comme la détermination en personne. Son plus grand rêve est de monter sur scène, une fois devenue la bassiste qu’elle aspire à être. Elle veut aussi créer un centre culturel pour les jeunes de sa communauté. Un lieu où ils trouveraient des possibilités d’apprentissage et l’accompagnement qui lui a souvent manqué. Elle poursuit ainsi deux ambitions qui se rejoignent : faire grandir sa propre musique et permettre à d’autres jeunes de jouer la leur.
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